Et si on partait vivre à Londres ?

19 décembre 2016

Le vent de panique qui a suivi le vote du Brexit peut sembler étrange : après tout, cela fait bien longtemps que les « froggies » s’étaient installés à Londres, bien avant que le continent invente l’Europe, le marché unique et la libre circulation des biens et des personnes. Le premier d’entre eux était tout simplement Guillaume le Conquérant, duc de Normandie qui décida de traverser la Manche pour se bâtir un royaume.

Et depuis, les anglais viennent s’installer en France (en Aquitaine, en Dordogne, sur la Côte d’Azur), les français passent des vacances linguistiques en Angleterre, puis s’y installent, c’est tellement facile depuis que l’Eurostar a aboli la frontière maritime. Il suffit de 39 € (en s’y prenant à l’avance) et de deux heures et quart pour passer de la gare du Nord à la gare de Saint Pancrace (au nom tellement british dans sa désuétude). Un trajet plus court qu’une traversée de Paris aux heures de pointe, à tel point qu’il y a aussi de nombreuses personnes qui ne s’installent pas à Londres, mais vont simplement y travailler, rentrant le soir ou le lendemain, profitant du trajet en train pour travailler.

C’est d’ailleurs la trame de fond d’un film délicieux avec Fabrice Lucchini, Barnie et ses petites contrariétés

S’il y a tellement d’échanges entre les deux pays, c’est parce que la vie londonienne et la vie parisienne sont tout simplement impossibles à comparer. Chacune des deux capitales a ses points forts, elles sont très complémentaires, d’ailleurs. Sans rentrer dans les détails financiers, les aspects « business », que tant d’autres traitent mieux que nous, voici en quelques points arbitraires, un match Paris – Londres

Gastronomie, avantage Paris

Connaissez-vous un plat anglais, dehors du pudding, de l’oie rôtie de Noël (qu’ils partagent avec les allemands) et des fish and chips (qui ne sont pas réellement un « plat », mais un snack) ? Et surtout, un plat que vous auriez envie de manger ?

Assiette garnie de poissons et frites

Les fish and chips traditionnels se dégustent en snack food ou à table

Ne croyez pas que l’on mange mal à Londres. Au contraire, on y mange très bien, mais chinois, indien, français, italien, etc. La ville accueille un nombre incroyable de restaurants étrangers, mais la gastronomie anglaise est un oxymoron. Il n’y a pas non plus les bistros et les terrasses parisiennes. Les pubs anglais sont envahis à la fermeture des bureaux, mais l’on boit sa bière debout ; à midi on déjeune rapidement, souvent d’un sandwich (inventé par les anglais). En résumé, pour les grandes sorties comme pour la nourriture quotidienne, la palme revient sans conteste à Paris.

Architecture et paysages : Kensington Gardens versus Haussmann

Londres est une ville compliquée. Elle n’a pas eu son baron Haussmann pour démolir les vieux quartiers et tirer au cordeau de grandes artères. Elle est aussi beaucoup plus étendue que Paris. S’il est stupide de comparer les 1.600 km² du Grand Londres aux 150 km² de Paris, c’est parce que le premier correspondrait plus à Paris et ses banlieues. Mais même en se limitant à l’Inner London, celui-ci a une superficie de 319 km² pour 3,2 millions d’habitants, alors que Paris en concentre les deux tiers (2,4 millions) sur une surface moitié moindre.

Façade composée de maisons à deux étages et toits pointus, devant un cab

Un taxi londonien noir devant de vieilles maisons à colombages. So London

Mais Paris ne dispose pas d’un immense parc central comme l’ensemble de Hyde Parc et de Kensington Garden. A Paris, la Seine est beaucoup plus étroite que la Tamise à Londres (244 mètres pour le pont de Londres  contre 144 mètres pour le Pont Neuf).

Paris n’a jamais connu le fog et les taudis londoniens, ni de criminel comme Jack l’Éventreur. Mais la ville a perdu ses ruelles et ses recoins médiévaux.

L’architecture londonienne montre à quel point l’espace est rare sur une île très peuplée. Sans aller jusqu’à l’étroitesse des maisons hollandaises, les maisons anglaises sont resserrées les unes contre les autres. Les sous-sols sont exploités, avec des fenêtres en hauteur qui donnent sur des fosses creusées dans les trottoirs : la lumière arrive, mais on ne voit qu’un mur et des pieds.

A l’inverse, dans les beaux quartiers, il existe des centaines de petits parcs intérieurs, accessibles uniquement aux occupants d’un groupe d’immeubles. Ce sont les « terraces » toujours très prisées.

Vue aérienne de Hampstead

Les jardins privés de Hampstead

La ville moderne s’est juxtaposée aux maisons les plus anciennes dans le quartier de la City, le coeur historique du vieux Londres. On y trouve des gratte-ciels impressionnants, Londres ayant été nettement plus libérale à ce sujet que Paris. Certains sont particulièrement beaux, d’autres plus contestés….

Bref, dans ce domaine, impossible de partager les deux villes. Les quartiers londoniens sont plus variés que Paris, on n’a pas à Paris des havres de paix comme les quais de Camden, mais la modernité a fait beaucoup de mal à Londres. Paris a la Tour Eiffel et Londres a le London Eye, une immense roue au bord de la Tamise.

La grande roue du London Eye à la tombée de la nuit

Le London Eye, pour voir Londres d’en haut

Ce qui est certain, c’est que la taille de la ville exige du temps pour la découvrir. Voir Londres en trois jours ne vous donnera même pas une idée réaliste de la variété de la ville, alors que c’est – presque – possible pour Paris.

Un corbeau devant l'entrée de la tour

Les corbeaux de la Tour de Londres, un must quand on visite Londres rapidement

Diversité, avantage Londres

Capitale du Commonwealth, un Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, Londres est une des villes dont la population est la plus variée au monde. Avec un tiers de sa population (bientôt la moitié) née à l’étranger, Londres attire toutes les parties du globe, y compris les français (environ 200.000 à Londres), pas seulement les anciennes colonies. Dans certains quartiers, on a l’impression d’être à l’étranger, d’autant plus que le modèle anglais est beaucoup moins assimilateur que le modèle français : les panneaux de gare ou de métro peuvent être écrits aussi en hindi, en tamoul…

Deux hommes et une femme

Un groupe de cockney avec leurs fameux costumes recouverts de boutons de nacre

C’est d’ailleurs ce qui permet de relativiser les risques liés au Brexit : il y a quelques années, Londres a commencé à être moins accueillante pour les émigrés du Commonwealth, ils sont malgré tout toujours là, toujours nombreux !

Vie culturelle, avantage Paris / avantage Londres

La vie culturelle parisienne est toujours très riche, mais pour ce qui est de la création contemporaine, que ce soit dans la mode, la musique, l’architecture… Londres est beaucoup plus vivant que Paris. La capitale française vit sur son passé, alors que la capitale anglaise avance et invente. Depuis les années soixante, Londres lance des modes que le continent suit, Paris en tête : les Beattles (ok, pas tout à fait Londres au début), la mini-jupe, Austin Powers…

London skyline

Qu’on apprécie ou pas, les immeubles de la City sont plus audacieux que les tours de la Défense

Mais Londres est aussi plus attachée à ses traditions que Paris. La continuité de la royauté explique cela en partie. Vous ne trouverez pas de cockneys avec leurs costumes recouverts de boutons de nacre, on a cessé depuis longtemps de nourrir les corbeaux de la tour de Nesle, tandis que ceux de la Tour de Londres sont gras et lustrés… Paris est une ville intellectuelle, Londres est une ville où la culture se vit au quotidien.

Vie pratique, la balle au centre

Chacune des deux villes a de gros points forts et d’autres qui sont très faibles. Ainsi, le fameux « confort anglais » date de la fin du XIX°. Si les anglais ont bien inventé le robinet mélangeur à l’époque où les français appréciaient de se brûler et de se geler alternativement, beaucoup de maisons datent et n’ont pas été rénovées depuis un demi-siècle. De plus, les pièces sont souvent petites, coûts de l’immobilier obliger.

On trouve beaucoup plus facilement des taxis à Londres qu’à Paris, et les cabs sont particulièrement confortables. Par contre, circuler au coeur de Londres est devenu hors de prix (et on y roule à gauche…).

Internet et la téléphonie mobiles sont moins chers, surtout pour les étrangers. Certains opérateurs téléphoniques, comme GiffGaff, envoient même gratuitement une carte SIM en France, sans contrat, pour que l’on puisse téléphoner sans problème dès le premier pas à Londres.

Londres est sur l’heure GMT, il n’y a pas de décalage entre l’heure solaire et l’heure légale (en théorie, puisque l’Angleterre a une heure d’été comme tout le monde).

Météo, avantage Paris

On va résumer simplement : Paris est plus au sud, il y pleut moins, il y fait plus chaud, l’hiver les jours sont plus longs. Ça ne se discute même pas !

Vue à l'automne

Kensington Gardens et le mémorial du prince Albert

Alors, oui, on peut vivre à Londres, comme de nombreux français. D’ailleurs, saviez-vous que les anglais ont surnommé le quartier de South Kensington « Frog Alley » tellement on y trouve de français ?

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