Noël en Corse, à la recherche de l’authenticité

18 décembre 2016

Le Niño change bien des choses aux vacances d’hiver traditionnelles, adoucit le climat hivernal, retarde l’arrivée de la neige sur les stations de ski. Il y a un an et demi, nous vous avions parlé des Noëls provençaux, et du charme des séjours hors-saison dans cette région entre mer et montagne. Cette année, nous vous faisons la même proposition, mais un peu plus au sud, en Corse.

Vous y retrouverez les mêmes contrastes entre des sommets souvent enneigés et des plages ensoleillées, les mêmes lumières méditerranéennes superbes, mais vous serez plongé dans des traditions toutes autres et vous pourrez apprécier une Corse encore secrète, ou du moins qui se protège, dont la façon de fêter Noël est largement imprégnée de pratiques pré-chrétiennes, des superstitions communes à tout le bassin méditerranéen, qui s’expriment d’une façon très spéciale dans l’île.

Enfants et adultes jouant sur la plage recouverte d'une épaisse couche de neige

La plage de Calvi sous la neige : un spectacle rare !

Côté gastronomie, il faut être clair : un séjour en Corse n’est pas fait pour les vegans, les partisans de l’alimentation sans gluten, sans lactose ou pour toute personne adepte d’un régime voisin ! Même si le repas traditionnel de Noël porte la marque de la vie dure des bergers corses, on faisait, ce soir-là, honneur au petit Jésus avec une abondance de bonne chère où la charcuterie, la viande rôtie et les fameux fromages corses s’étalaient sur la table.

Assiette de jambon et charcuterie finement tranchés, avec un verre de vin blanc

La charcuterie est de tous les repas de fête en corse

Si vous connaissez déjà la Corse en été et que vous décidez d’y passer la fin de l’année, l’île vous apparaîtra très différente, débarrassée de ses touristes et des commerces qui leurs sont dédiés. Les villages seront à moitié vides – comme partout malheureusement – l’accueil sera moins professionnel, plus rude, moins commercial. A certains moments vous penserez à la fameuse scène d’Astérix en Corse « Elle est pas belle ma soeur », à d’autres à l’enquête Corse, de Pétillon, dont l’enquêteur se retrouve bien perplexe sur un terrain de camping corse, face à la complexité des relations iliennes, mais la plupart du temps, vous profiterez simplement du plaisir de voir ces paysages extraordinaires en toute tranquillité.

Village de montage corse

Le soleil est souvent là en hiver, et les paysages corses conservent toute leur beauté

 

Non le père Noël n’est pas corse !

Bien au contraire, contrairement à ce que prétendent certains sites, le père Noël est arrivé très tardivement en Corse. Cette invention nordique qui permet d’intégrer à la religion chrétienne des pratiques païennes n’avait eu aucun succès en Corse. Jusque dans les années 50, Noël était uniquement la fête de l’Enfant Jésus, à tel point que de nombreuses crèches ne montrait que lui dans l’étable, sans les Rois Mages ni les bergers.

Il a fallu le succès de Tino Rossi et, surtout, les débuts de l’uniformisation de la consommation, avec la radio et la télévision, pour que le bonhomme au costume rouge inventé par Coca Cola fasse son entrée en Corse.

Heureusement, la mélodie sirupeuse de l’enfant du pays n’a pas pris la place des chants traditionnels de Noël, ni surtout des polyphonies corses, et la messe de minuit est l’occasion de profiter de concerts exceptionnels, avec des chœurs féminins et masculins, qui peuvent même se répondre.

Les paghjella (le nom d’une des formes de chant polyphonique) sont une tradition très ancienne ; fortement influencées, semble-t-il, par les chants franciscains, les musicologues hésitent à décider si elles existaient avant la christianisation de la Corse, ou si elles sont une adaptation locale des musiques monastiques.

D’autres traditions de Noël sont, quant à elles, très certainement d’origine païenne.

Le bûcher de Noël

Si la Corse n’a pas inventé le Père Noël, elle fait partie des régions où la bûche de Noël est particulièrement importante. Mais pas le gâteau, la véritable bûche !

Le bûcher de Noël, appelé Rocchiu, se consume devant l’église, pendant la nuit du réveillon. Allumé à la sortie de la messe, il doit être exclusivement composé de bois provenant des maisons, jardins et prés appartenant à des villageois. Chacun d’entre eux doit donner au moins une bûche aux enfants qui ramassent le bois dès le matin du 24 décembre, ne pas le faire vous exposerait à mourir dans l’année !

Bûches rougeoyantes

Les braises du bûcher de Noël se consument jusqu’au lendemain

Une fois totalement consumé, les habitants du village récupère une partie des cendres du Rocciu, qu’ils vont mêler aux cendres de la cheminée, pour la bonne fortune pour l’année à venir.

La symbolique de la bûche est très forte dans cette île où les superstitions sont nombreuses : le feu de cheminée allumé la nuit de Noël dans chaque maison doit ainsi comprendre au moins autant de bûches que d’habitants, sinon la mort frappera pour remettre les choses « en ordre ». Est-ce pour cela que dans certains villages, des groupes de jeunes portant sept bûches visitent sept maisons, laissant dans chaque foyer une bûche ? Cette tradition, dite des « sept veillées » était particulièrement vivace dans le nord de l’île, dans les régions de Balagne, de Castagniccia et de Fiumorbou.

La recette de la bûche de Noël corse

Beaucoup plus ancienne et beaucoup plus rustique que la bûche de Noël classique réalisée à base de crème au beurre, la bûche de Noël corse est un gâteau à base de châtaignes. Celles-ci sont cuites, pelées et réduites en purée, la purée est mélangée simplement avec du chocolat, du sucre et du beurre (et on peut parier que le chocolat est une addition « moderne » à un gâteau plus ancien encore). Le tout est ensuite moulé en forme de bûche, décoré et mis à refroidir.

Gâteau de Noël corse sur assiette de présentation

Bûche de Noël aux châtaignes (© Recettes Corses)

La présence des châtaignes, caractéristiques d’une cuisine rustique et pauvre (la farine de châtaignes remplaçait la farine de blé en temps de famine) prouve bien l’origine locale de ce gâteau. Si cela avait été une adaptation des bûches « inventées » à Paris au XIX° siècle, on aurait choisi des ingrédients plus nobles ! Vous en trouverez une recette plus sophistiquée (préparée de façon classique avec un biscuit roulé) sur le blog « Recettes Corses »

Le repas de Noël

Il y a deux repas de Noël en Corse : le « léger » (ironie) en-cas que l’on prenait en revenant de la messe de minuit, et le repas de fête proprement dit. Comme en Provence, la table comprend souvent un « mendiant », cet assortiment de fruits secs, et on respecte encore dans les villages la tradition de rajouter une assiette vide pour le pauvre ou le voyageur qui frapperait à la porte ce soir-là.

Autrefois, le repas de veillée était constitué par des figatellu (un saucisson corse fait à base de viande et de foie de porc), des beignets de courgettes, une soupe de pois chiches et des noisettes grillées. Simple, mais reconstituant !

Tranches de figatellu sur pain

Figatellu tranché, un régal (qui doit être cuit à coeur)

Le repas de Noël traditionnel, lui, allie la viande, la charcuterie et les produits de la mer. Il commence par une boutargue, une sorte de saucisse faite d’oeufs de mulet pressés et séchés) coupée en tranches fines et arrosée d’huile d’olive ou une brouillade d’œufs aux d’oursins, complétés par un prisuttu (jambon cru corse) et de la coppa. Le plat principal sera un agneau ou un cabri rôti, accompagné de polenta. La viande sera aromatisée avec du thym et des baies de myrte !

Ce que vous ne verrez pas : les signadori

Comment parler de Noël en Corse sans évoquer la transmission des formules magiques contre le mauvais oeil ? Là encore, la Corse montre à quel point elle est méditerranéenne, avec cette peur du mauvais oeil qu’on retrouve partout au Moyen-Orient et au Maghreb. Ici on l’appelle Ochju.

Mais la façon de s’en protéger est parfaitement locale : des femmes, qu’on appelle « signadori », connaissent les « signes » du mauvais oeil (qu’elles identifient en projettant des gouttes d’huile dans une assiette) et la façon de s’en protéger, en récitant des formules magiques.

Pour conserver tous leurs pouvoirs, celles-ci ne peuvent être transmises que verbalement, de signadori à signadori, à voix basse, dans l’oreille, et qui plus est, entre le premier et le dernier coup de minuit.

La météo en Corse en décembre

Ile montagneuse de Méditerranée, la Corse n’est pas sous les tropiques : les températures moyennes sont donc relativement basses, à 9°, avec des minima compris entre 4° et 13°. La saison pluvieuse de l’automne touche à sa fin, le soleil est assez présent (quatre heures de soleil par jour en moyenne en décembre), qui peut faire monter la température rapidement. En montagne, la pluie se transformera en neige (d’ailleurs on peut skier en Corse, le saviez-vous ?), ce seront donc des vacances où vous devez prévoir des vêtements chauds, de quoi vous protéger de la pluie, tout en sachant que le temps sera nettement plus ensoleillé qu’en région parisienne !

Deux skieurs sur fond de neige

Skieurs sur poudreuse au val d’Ese

 

 

Idées pour un voyage

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