Connaissez vous les autres inventions du baron Drais ?

21 novembre 2016

Karl Friedrich Christian Ludwig Freiherr Drais von Sauerbronn est plus connu sous son petit nom de « Baron Drais ». Même ainsi, il y a de fortes chances pour qu’il ne vous évoque rien. Sauf, bien sûr, pour les lecteurs assidus de Culturomonde, qui ont déjà dévoré notre histoire du vélo. Ceux-là savent que Karl Drais est l’inventeur de la draisienne, qu’il appelait, en allemand, Laufmaschine (machine à courir) et qui fut désignée officiellement en français comme vélocipède, avant de prendre son nom, tout comme les poubelles du préfet du même nom.

Quand on se plonge dans l’histoire de sa vie, on découvre que ce fonctionnaire des Eaux et Forêts était un scientifique qui tenait un peu du Géo Trouvetout. Dans la tradition de l’honnête homme du XIX° siècle, qui disparaîtra avec le développement de la science et l’hyper-spécialisation que l’étendue des connaissances rend aujourd’hui nécessaire, Karl Drais a été un touche à tout de génie, dont au moins une autre invention a connu une postérité encore plus importante que la draisienne. Car si la draisienne est encore utilisée de nos jours, c’est surtout pour apprendre aux enfants à faire du vélo !

Et le plus fascinant n’est pas la variété des inventions du baron, mais leur origine ; l’application de l’effet papillon, en quelque sorte !

Une des toutes premières machines à écrire

 

Portrait à la mine de Karl baron Drais

Portrait de Karl Drais vers 1820

Les machines à écrire voient le jour en Italie en 1808, et en Allemagne, en 1821, à chaque fois pour la même raison : permettre à une personne malvoyante de continuer à écrire, de façon plus rapide et plus immédiatement lisible que les caractères brailles estampés à la main dans du papier épais. Karl Drais a-t-il entendu parler de la machine conçue par Pellegrino Turri pour que sa maîtresse, la comtesse Carolina Fantoni da Fivizzano puisse continuer à lui envoyer des lettres d’amour ? Du papier carbone que l’italien a conçu, en même temps, pour encrer les lettres ?

Quoi qu’il en soit, la première invention du jeune Karl Drais est destinée à son père, qui a été nommé Président de la Haute Cour de Justice du Grand Duché de Bade dix ans auparavant, et qui commence à perdre la vue.

Elle est plus proche des machines sténographiques que des machines à écrire à charriot que nous connaissons. En effet, le papier est entraîné par une bobine (comme pour les machines à calculer actuelles) et les lettres sont regroupées par cinq. Quelques années plus tard, il perfectionnera sa machine en diminuant le nombre de touches, passant de 25 touches à 16. C’est sa machine sténographique, qui transcrit les sons sans se soucier de l’orthographe exacte. En diminuant le nombre de touches, on augmente la rapidité.

Une éruption quelque part de l’autre côté du monde, en Indonésie

En 1815 a eu lieu une des explosions volcaniques les plus meurtrières qui soit, celle du Tambora, en Indonésie. Elle est beaucoup plus violente que celle du volcan de Santorin, en Méditerranée, qui a sans doute donné naissance au mythe de l’Atlantide. Mais elle a lieu a une période historique et elle est donc beaucoup mieux documentée.

Elle a causé la mort directe de près de 100.000 personnes. Représentant dix mille fois la puissance des bombes de Nagasaki et d’Hiroshima, elle nous donne une bonne idée de la conséquence d’une guerre nucléaire. A côté du Tambora, les explosions du Pinatubo et l’Eyjafjallajökull sont des pets de souris !

Vue aérienne du sommet du mont Tambora

La caldera du Tambora ouverte par l’explosion d’avril 1815

Le rapport avec la draisienne ?

Le nuage de cendres de l’explosion du Tambora se répand tout autour de la terre, et va donner en 1816 une « année sans été », donc une année sans moissons. Et sans moissons, pas de fourrage.

Les paysans n’ont plus les moyens de nourrir leurs bêtes, les chevaux meurent de faim, les humains vivent sur leurs réserves mais ils ont perdu leur moyen de locomotion (à l’époque, les voitures automobiles étaient rarissimes, très chères et absolument pas adaptées à un usage quotidien). Les chevaux étaient déjà rares, d’ailleurs, car ils avaient été enrôlés dans les guerres napoléoniennes et massacrés sur les champs de bataille.

Les conséquences de cette famine furent nombreuses : émeutes, taux de mortalité élevé (deux fois la normale en Suisse) et même début de la Conquête de l’Ouest, car la neige détruisit les récoltes aux Etats-Unis et au Canada, avec deux grands blizzards qui surviennent durant l’été. Il faut partir, plus à l’Ouest, plus au Sud, trouver des terres plus clémentes !

Illustration représentant le baron Drais utilisant une machine à courir

Le baron Drais sur sa machine : on court, mais en habit et haut de forme !

Et à Mannheim, Karl Drais accélère ses recherches ; il travaillait sur des projets de voiture à quatre roues, à propulsion humaine, il simplifie tout cela : deux roues, un cadre en bois avec une selle, un guidon pour faire pivoter la roue. La draisienne est née, le 12 juin 1817 Karl Drais établit un record en parcourant en un peu plus d’une heure une distance de près de quinze kilomètres (alors que la marche se fait à une vitesse comprise entre 4 et 6 kilomètres / heure).

(Pour la petite histoire, il y a un point commun entre la draisienne et des merveilles de la peinture : un certain nombre des couchers de soleils absolument splendides de Turner, rougeoyants de façon intense, ne sont pas une licence artistique, mais la description de ce qu’il voyait, dans un ciel chargé de cendres. De là à faire le lien avec Ténébreuse, la planète aux soleils rouges…)

Tableau de William Turner

Coucher de soleil sur Flint Castle : la diffraction de la lumière du soleil est due aux cendres

Une fin de vie difficile, des inventions encore utilisées

Les aléas de la vie politique allemande seront durs pour le Baron Drais. A cause des changements de pouvoir, il perd peu à peu ses soutiens et surtout ses pensions. Fonctionnaire et homme de science, il n’a pas cherché à s’enrichir en exploitant lui-même ses inventions. De plus, à l’époque, les brevets duraient beaucoup moins longtemps qu’aujourd’hui ! Il meurt désargenté et malade en 1851.

D’autres vont se charger de développer ses idées. La machine à sténographier a été améliorée, elle est encore utilisée. Quant à la draisienne, même si son utilisation pour le transport est restreinte à quelques passionnés qui recréent les courses d’autrefois, elle est encore très utilisée pour les petits.

Schéma de profil et d'en haut de la draisienne

La draisienne d’origine, une illustration allemande précieuse !

La dernière invention de Karl Drais est plus un perfectionnement qu’une véritable invention : ce qu’on appelle en français la « marmite norvégienne » et en anglais « la boite à foin » est un mode de cuisson longue qui économise l’énergie, et qui est remis au goût du jour par les écologistes !

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